Chant sixième

La folie regarda l'échiquier, interdite. Devait elle jouer? et quel était l'enjeu? Les personnages des toiles peintes semblaient aux aguets, pendant que les astres aux fenêtres brillaient de tout leur éclat, en une lente rotation sur eux mêmes.
Elle s'approcha de la table, et timidement avança la main pour se saisir d'un pion. Elle regarda plus attentivement, et comprit qu'ils étaient à l'image des êtres qu'elles avaient croisés avec l'amour, depuis le début de leur voyage. Le cavalier montait son destrier blanc, le roi son amant double, le fou était l'ombre qui l'avait entraînée sous la cascade. Délicatement elle prit la reine, et la sentit chaude sous ses doigts. L'amour, elle tenait l'amour dans sa main, et la figurine blanche bougeait faiblement, comme pour tenter de se débattre. Horrifiée, elle la reposa sur l'échiquier de marbre. L'amour était emprisonnée dans cette pièce du jeu, et la folie comprit qu'elle allait devoir jouer la partie si elle voulait que sa compagne soit libérée de ce sortilège. Elle tenta de reprendre son calme, et s'assit sur une chaise au haut dossier sculpté. Elle prit hardiment un pion, et le plaça en un début de partie audacieux. Les personnages s'agitèrent dans leurs cadres, roulant des yeux furieux à mesure que la folie prenait de l'assurance et emportait ses coups contre les noirs. Finalement elle prit la reine amour, et à haute, intelligible voix prononça: échec et mat!
Les noirs avaient été vaincus. Dans un claquement sourd, les fenêtres se fermèrent, l'échiquier sembla se soulever, devenir immense en se dressant devant elle, comme pour l'écraser de sa masse. Puis tout le château parut se soulever, et dans un fracas terrible, se désagrégea autour de la folie. Elle se retrouva allongée par terre, dans de l'herbe, avec une figurine près d'elle. Elle se redressa, gardant la précieuse petite sculpture dans le creux de sa main. Elle la regarda, que devait elle faire à présent?
Elle broya la figurine, et soudain l'amour fut dans ses bras
Hauteclaire
L'amour était habillée d'une robe de soie noire comme la nuit
La main de la folie, lui effleura une jambe qui, se dessinait à travers le tissu, d'une douceur érotique
Elle était aussi belle qu'elle pouvait devenir dangereuse...
L'amour se redressa, et, des cristaux de rubis tombèrent au rythme d'une pluie d'étoiles
"viens, dit-elle", en poussant la folie vers la forêt
"Il faut repartir"!
Les arbres devenaient d'un bleu pâle presque féerique voir presque diabolique
La folie hésita un moment avant de pénétrer dans ce domaine étrange
Les couleurs qui habillaient les branchages étaient hypnotiques
A chaque pas de l'amour, les plantes et, les arbres, changeaient soudainement de teintes
Le rouge dominait, le vert s'évaporait
Des ombres bleutées accompagnaient l'amour au rythme de ses déhanchements
La folie s'arreta et observa longuement sa partenaire
Un frisson de doutes lui parcourut le dos
Etait-elle vraiment son amour?
Sous les ombrages des arbres, le vent, commença à faire bouger gracieusement les branches comme dans une danse
Une sensation de bien être envahit doucement la folie
Une odeur légère d'abricot et, de chèvrefeuille émanait des feuillages
L'amour, se figea dans une révérence devant un érable
Sa grandeur dominait toute la forêt
Dans un souffle lunaire, des perles de cristal tournoyaient sur la robe de soie noire de l'amour
Gigi







