Chant huitième

Le cavalier serra ses bras autour de la taille de la folie, l'attirant contre son corps nu, pour déposer un premier baiser sur ses lèvres. Sa peau était douce et brûlante, légèrement luisante de quelques gouttes de sueur mêlées de grains de sable blanc du désert. Sa bouche la caressa, faisant naître un frisson de désir au creux des reins de la folie. Alors, lentement, il la déshabilla, ôtant un à un les vêtements qui la couvraient, comme il avait retiré les pièces de son armure, faibles défenses devant une passion immémoriale. Ainsi dévêtus, les deux amants dans la solitude d'un désert inflexible, connurent les tourments et les plaisirs d'une ardeur éternelle, brisant le silence du désert de leurs soupirs.
Les rayons de la lune les éclairèrent de leur lumière transparente, tranchante comme une lame, illuminant durement leurs peaux enneigées, et leurs cheveux mêlés, formant une seule coulée de l'or le plus fin. À ce spectacle, l'astre nocturne s'adoucit, répandant un éclat d'argent tendre sur l'oasis, protégeant le couple endormi de la cruauté de l'étendue de la solitude et du désespoir du réveil. L'orbe parfaite demeura dans le ciel comme suspendue, arrêtant la course des mondes et de leurs créatures pour veiller sur un sommeil plus précieux que la vie, dont seul le sable et un destrier furent témoins, miracle unique et fondateur.
La folie fit un rêve indistinct, où les visages de l'amour et du cavalier se fondaient en un seul, devenant l'idéal inaccessible même aux divinités.
La lune ne put plus lutter, les dieux eux mêmes durent céder et laisser le soleil se lever, le soleil de feu, le soleil ennemi, qui rompt le rêve, la douceur et l'oubli.
Ses flammes atteignirent le refuge, embrasant le lac de lueurs sanglantes sur le saphir des eaux calmes, parant de rouge les feuilles des arbres fiers, éveillant le palefroi qui dressa sa noble tête, regardant au loin l'horizon vide et muet. La lumière en fusion passa sur les corps enlacés, les forçant à l'éveil et la séparation, redressés à contre cœur, se préparant en silence à l'affrontement avec la solitude.
Un baiser fit reculer la peur sournoise, et tous deux assis bien droits en selle, quittèrent l'oasis, étincelante l'armure, étincelante la boucle de ceinture de la folie, étincelant le mors du cheval.
Au premier pas sur le sable blanc, l'oasis disparut.







