L'amour et la folie: chant dixième

Les pièces se succédaient aux pièces, toujours plus belles, toujours emplies des trophées débordants des âmes de ceux qui ayant recherché la célébrité, avaient obtenu une infime faveur, ou une renommé tonitruante. Leurs destinés avaient pris fin dans le palais, dans les vases aux couvercles soigneusement fermés, qui ne laissaient échapper aucune plainte, aucun regret.
D'autres, encore connus, laissaient sourdre une fumée épaisse de leurs vases entrouverts, portant la rumeur de triomphes lointains et présents, sans comprendre que seuls les murs nus résonnaient du bruissement de leur gloire passée.
Une autre encore, où une énorme vasque reposait sur un trépied de métal ouvragé. Rien ne la recouvrait, une brume palpitante l'entourait, avant de plonger en son sein, nimbant le bronze d'irréalité.
-« Ceux-là ont obtenu le droit de briller » dit la célébrité d'un ton moqueur.
-« Ils profitent de ce que je leur ai donné, avant de rejoindre mon royaume. Ils sont déjà mes prisonniers, et ne le savent pas. Toujours plus, telle est leur devise, pourtant un jour, ils devront renoncer, quand je me serais lassée de leurs cajoleries ».
La célébrité s'approcha de la vasque, et plongea ses avant-bras tout entiers dans la brume qui noyait le fond. Les volutes de cendres s'élevèrent dans l'air, prenant des reflets d'argent sous une lune métallique, entourant les poignets de la divinité, la flattant, essayant de capter ses bonnes grâces. Elle rit de plaisir, secouant ses bras pour en faire retomber le voile gris qui reprit son ondulation lente.
-« Ils sont célèbres, c'est toute leur vie. Bientôt ils sauront qu'ils ne peuvent m'échapper. Celui qui le tente, devient un paria, car il ne peut se soustraire à mon emprise après m'avoir approchée ».
La folie, à son tour plongea une main dans la vasque, et la brume, venant lécher ses doigts, lui fit entrevoir une vie passée au sommet, dominant pour un temps le monde des vivants, avant de rejoindre la confusion de l'anonymat.
-« Viens » dit la célébrité,
-« Je vais te montrer ce que peut devenir ton existence près de moi ».
La folie, conquise, la suivit docilement jusqu'à la retraite ultime du palais. Un endroit si somptueux qu'elle en eut le vertige.
Hauteclaire
Par Gigi et Hauteclaire, Samedi 26 Avril 2008 à 09:20 GMT+2 dans Chant 10 (article, RSS)






