L'amour et la folie: chant dixième

Devant elle la pièce d'un palais de rêve et de merveilles. On ne pouvait la voir dans sa totalité, le plafond disparaissait dans l'ombre d'une hauteur vertigineuse, soutenu par des colonnes aux sculptures délicates et compliquées. Les murs étaient couverts de tentures brodées de fils d'or et d'argent, et partout l'encens le plus raffiné répandait son odeur suave, sa fumée nimbant l'air de volutes gris bleus . La célébrité la tenait par la main, et l'entraînant à sa suite, la mena entre les colonnes de marbre blanc, jusqu'à un couloir où s'ouvraient de nombreuses portes, toutes plus richement ornementées les unes que les autres.
La célébrité lâcha la main de la folie :
-« Tu dois choisir maintenant dans laquelle de ces chambres tu veux vivre. Tout ce que tu y verras est à toi, et nous y serons heureuses. Vas ! »
À ces mots la déesse disparut, s'évanouissant à la vue de la folie, la laissant seule face aux portes fermées et mystérieuses. La folie resta un instant indécise, où devait-elle aller ? Quelle était la signification de ces portes ? Poussant un soupir, elle regarda la première. Elle était peinte en rouge, et comme sur toutes les autres, un masque y était gravé, celui d'un visage jeune et beau, celui d'un homme dont le front était incrusté d'un rubis plus flamboyant que le soleil. Le masque ouvrit ses yeux ardents et lui sourit, l'invitant d'une voix suave :
-« Entre folie ! Ici tu trouveras des richesses, des pierres précieuses. Tu peux prendre celle qui est à mon front, elle est à toi. La folie étendit ses doigts et se saisit de la pierre, qui tomba sans peine de sa place.
A pierre brilla dans la paume de sa main, et s'enhardissant, la folie poussa la porte.
Derrière il n'y avait rien, que les murs de marbre immaculé. Elle fit quelques pas dans ce monde blanc, serrant le rubis dans sa main. Seule, au milieu de la pièce, une vasque débordait, répandant un liquide suave et parfumé qui coulait en flot ininterrompu sur le sol, s'évanouissant aussitôt. La folie y plongea la main et eut la vision de son renom dans un monde froid et sans âme, dominé par l'intérêt. Les foules, voyant qu'elle était élue, affluaient vers elle et l'entouraient en des cajoleries sans fin, et sans chaleur. La folie sentit son cœur se glacer, et sortit.
-« Reprends ta pierre » dit-elle au masque, « Je ne peux vivre ainsi, cœur et esprit pétrifiés ». Le masque reçut la pierre sans mot dire, et la porte se referma avec un bruit de tonnerre.
Hauteclaire
Par Gigi et Hauteclaire, Samedi 3 Mai 2008 à 09:10 GMT+2 dans Chant 10 (article, RSS)






