La légende de l'amour et la folie: chant dixième
La folie fit quelques pas dans le jardin minéral,
émerveillée. Aussi loin que son regard pouvait porter, les arbres croulaient de
fleurs multicolores, toutes plus belles les unes que les autres. En
s’approchant la folie vit que le diamant seul composait les pétales, les
étamines, le pistil. Des diamants de l’eau la plus pure. Elle effleura de la
main une fleur ainsi composée, d’un bleu éclatant sous le soleil,
instantanément les pétales se détachèrent de la corolle, tombant au sol, où ils
demeurèrent. Les pierres ainsi tombées, ne brillèrent plus. En un instant les
pétales se transformèrent, perdirent de leur éclat, se flétrirent et seule une
maigre forme noire témoignait de l’existence de la fleur. La folie regarda le jardin,
incertaine. Que devait-elle faire ? Les fleurs paraissaient s’animer,
prendre une existence propre, et se dresser contre l’intruse, responsable de la
mort de l’une d’entre elles.
-« Qu’as-tu fait ? » disait la clameur qui montait.
La folie se rendit compte que le silence régnait, les mots
retentissaient dans son esprit, violents et accusateurs. Elle porta la main à
son front en chancelant :
-« Je ne savais pas ! »
Les fleurs se pressaient contre elle, déchirant sa robe de leurs épines
acérées :
-« Pour expier ta faute, tu devras prendre sa place, et rester parmi
nous ».
Les épines s’enfoncèrent dans la chair tendre des jambes et quelques gouttes de
sang perlèrent, écarlates, qui coulèrent au sol formant des cristaux précieux.
Le sang de la folie donna naissance aux précieux diamants rouges, qui à leur
tour s'unirent pour former la plus resplendissante des fleurs, éclatante et
sans rivale. Voyant cela, les fleurs reculèrent, formant cercle autour de la
nouvelle venue, cessant de menacer la folie.
La clameur s’éteignit, alors que la fleur rouge éclosait.
-« Tu peux aller » dit la voix, radoucie.
La folie fit un pas, et le jardin disparut.Hauteclaire







