L'amour et la folie: chant onzième

La folie considéra longuement le masque impassible sur la
porte qui s’était refermée. Les yeux demeuraient clos sur les prunelles noires
et pas un mot ne sortit de la bouche de pierre précieuse. Que devait-elle faire
à présent ? Retourner dans la rue, errer parmi tous ceux qui s’efforçaient
d’obtenir les bonnes grâces de la célébrité ? Elle ne retrouverait pas
l’amour parmi eux. Un courant d’air léger flotta sur sa nuque, la faisant
frissonner.
Elle tourna le dos au masque, regardant où elle était. Devant elle, une autre
porte s’ouvrait, symétrique. Elle était entrebâillée, derrière une vive
lumière, comme une tache d’or, coulait sur le sol, semblable au miel en fusion.
La folie se sentit irrésistiblement attirée par la couleur ambrée qui palpitait
dans l’air doux.
Elle avança, hypnotisée, ayant oublié sa fatigue et son chagrin de ne pouvoir retrouver l’amour. Après quelques pas, elle se trouva devant l’ouverture qui s’élargit devant elle sur un paysage idyllique. Une plage s’étendait à perte de vue, faite de sable pâle, bordant une mer d’un bleu de saphir. Il faisait nuit et une lune énorme et ronde, se levait éclairant de ses rayons dorés l’eau immobile. Son reflet était si parfait dans l’étendue marine, que l’espace d’un instant la folie ne sut où était l’astre, ni laquelle des deux sphères était un miroir.
Imperceptible, une ride courut sur l’eau, qui troubla la quiétude sélène, et la folie put voir une ombre se profiler sur le sable. Une ombre à peine visible d’abord, puis de plus en plus nette. Un cheval, et près de lui un cavalier, son cavalier !
Etouffant un cri de joie, la folie bondit en avant, laissant
la porte se refermer bruyamment derrière elle. Ses pieds aériens ne laissèrent
qu’une trace infime dans le sable, qui s’effaçait à peine était-elle passée.
Elle courut, appelant le cavalier, qui continuait de s’éloigner sous la clarté
de cuivre. Il était si loin ! et pas un de ses appels ne semblaient
l’atteindre.
Hors de souffle, la folie s’arrêta, et supplia :
- Je t’en prie, ne me laisse pas dans cette ville de perdition. Sauve-moi !
A ces mots, l’ombre lointaine s’arrêta et se retourna vers la folie.







