L'amour et la folie: chant onzième

La folie et le cavalier, appuyés l’un contre l’autre, chevauchaient sans hâte. Le destrier les portait sans effort, tant grande était sa puissance, laissant de profondes empreintes de ses sabots dans le sable clair.
Ils chevauchaient le long de l’eau, de minuscules vagues venaient lécher les pieds du coursier en une caresse douce. Devant eux, l’étendue de sable, à perte de vue, la plage paraissait ne pas avoir de fin. La lune, au dessus de l’eau, se mirait dans les flots lisses comme un miroir, et avait arrêté son mouvement, pour prolonger cette admiration d’elle-même. Ou peut-être était-ce pour donner une nuit de répit aux deux amants, une nuit qui ne finirai jamais ? La folie avait perdu le sens du temps, la tête contre l’épaule du cavalier, sans éprouver le besoin de faire le moindre geste. Elle devait être là, pour l’éternité. La plage se finissait-elle plus loin ? Il était impossible qu’elle ait une fin, elle était là, et avait toujours été là, la folie en était sûre. Les derniers souvenirs de la ville de fer s’évanouissaient et bientôt la folie oublia qu’elle y avait jamais été.
Quel étrange endroit que cette plage, où les souvenirs s’abolissaient. La mémoire de la folie se vidait peu à peu, ne laissant qu’un grand calme. Elle n’avait pas de passé, peut-être pas de futur. Toute sa vie tenait à cette plage sous la lune, qui ne changerai jamais plus.
Il n’y aurai plus de peur, plus d’incertitude, plus de doute, le temps de l’errance était fini. Elle sentait la respiration douce du cavalier sur ses cheveux, c’était tout ce qui importait.
De lui-même leur monture obliqua vers la ligne des arbres, et s’arrêta pour goûter l’eau d’une petite source. Il secoua son imposante crinière, et tous deux comprirent que le moment était venu de s’arrêter et de rendre hommage aux esprits du lieu, en une célébration primitive et sensuelle.







