la légende de l'amour et la folie

L'amour et la folie: chant dixième

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La quatrième porte était recouverte d'or et de pierres précieuses, resplendissantes et colorées, jetant des éclats de couleurs irisées. Le rubis flamboyait, le saphir arborait des profondeurs marines, la citrine égale au soleil rayonnait et le diamant, plus pur qu'une eau limpide, scintillait tel une mer sans fond.
Sans qu'elle eut à faire le moindre effort, la porte s'ouvrit largement à la première poussée, laissant apparaître un paysage idyllique. Tout n'était qu'harmonie et douceur. Des jardins, à perte de vue,  des vergers, des étangs où des oiseaux gracieux nageaient silencieusement, étalant des plumages rutilants. Des maisons aux lignes élégantes, aux balcons croulant sous les fleurs. La folie fit quelques pas dans cet univers parfait, ayant peine à comprendre ce qui se trouvait devant elle, émerveillée. La ville cachait donc en ses murs une telle splendeur ? Elle se souvint de ce que lui avait dit la possession, que ce qui régnait en ce lieu surpassait en férocité ce qu'elle avait vu jusque là. Comment y croire ? Un petit groupe passa devant elle, la regardant d'un air froid et âpre, sans lui adresser la parole, hautain. La folie continua son chemin, s'efforçant de ne pas regarder ce qui faisait la beauté de l'enceinte de la célébrité, pressée de sortir de la ville et ses pièges.
Une femme se dressa tout à coup en face d'elle. La célébrité était élancée et mince, ses yeux brillaient d'une flamme ardente, son visage aux traits raffinés exprimait une sorte d'ennui sous le masque souriant. Elle vint vers la folie, les plis de sa robe ondoyant autour de ses chevilles à chacun de ses pas, bruissant d'un son doux.

-« Tu veux être célèbre ? Connaître mon renom ? Le tien est pourtant fameux. Viens près de moi »  ajouta la célébrité, tentatrice,
-«  Ensembles, personne ne pourra nous surpasser ! »
-«  Je dois retrouver mon amour » dit faiblement la folie, subjuguée par le regard de la célébrité.
-« Quand tu seras célèbre, tu pourras avoir tous les amours que tu peux désirer ou imaginer. Rien ne te sera impossible. Viens avec moi, ta route s'achève ici car rien ne peut me surpasser ».

La folie se laissa mener vers une maison plus grande que les autres. Ses murs étaient blancs, les terrasses étaient soutenues par des colonnes de marbre veiné de couleurs pâles. Aux fenêtres, des tentures plus fines que le travail d'une araignée oeuvrant patiemment.

Plusieurs les virent passer, et les suivirent, marchant de plus en plus vite pour les rattraper. La célébrité poussa la folie à l'intérieur de sa demeure, fermant la porte devant ceux qui accouraient. Ils frappèrent au battant, hurlant leur désir d'entrer, et de connaître la vraie célébrité.
Celle-ci sourit, satisfaite ;
-«  Je suis ainsi, quand j'ai accordé mes faveurs une fois, ils en veulent de plus en plus ! »
La folie, prise de vertige se laissa emmener vers les profondeurs de la maison.

 

Hauteclaire

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L'amour et la folie: chant dixième

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La demeure de la célébrité était toute de marbre blanc, incrusté de motifs compliqués en or. Leurs pas résonnaient entre les colonnes de ce qui semblait être un temple tout entier dédié à la gloire de la célébrité. Aucun meuble dans cet étonnant palais, posés sur des piédestaux, des trophées de toutes tailles et de tous métaux, les entouraient et regardaient passer le couple, impassibles. Plusieurs fois, la folie s'approcha d'un objet,  regardant les inscriptions, découvrant de nouvelles manières de rendre hommage à la célébrité. Celui-là était en or, une coupe incrustée de diamant, cet autre, en modeste plomb, montrait la dévotion de celui qui l'avait reçu jadis. Un autre encore, en cuivre rouge, tranchait sur la blancheur des murs.
La célébrité la regardait faire en souriant, amusée :
-« Tu en veux un ? Ou plusieurs ? Choisis ! Je te donnerai tout ce que tu veux si tu restes avec moi. Ensembles, aucun humain ne pourra nous résister ! »
Et comme la folie hésitait, tournant et retournant un vase d'argent entre ses doigts délicats, perdue dans la contemplation des ciselures qui le décoraient, elle ajouta :

-«  Dans ce vase que tu tiens, les âmes de tous ceux qui se sont perdus pour moi ».

Elle désigna les objets qui étaient posés là, des dizaines, des centaines :

-« Tous contiennent leurs âmes, elles m'appartiennent. Et ils sont là-bas, dehors, sans âme mais toujours avides de mes services, et des miettes que je m'amuse à leur donner. Plonge la main dans ce vase, et tu sauras ».
La folie, presque malgré elle, ouvrit le couvercle qui recouvrait le vase d'argent, et incertaine, introduisit lentement sa main. Elle eut la sensation d'une fumée épaisse, qui glissait sur sa peau en la caressant. Elle entendit les voix de ceux qui se trouvaient là, qui inconscients de leur état, continuaient de demander des faveurs.
La célébrité lui prit le vase des mains, refermant le couvercle, étouffant les voix qui en sortaient :

-« Ceux là sont à moi depuis bien longtemps. Ils ont eu ce qu'ils avaient demandé, et maintenant ils voudraient la mémoire des vivants en plus »

Elle vint prendre la folie par la main et l'entraîna toujours plus loin.

 

Hauteclaire

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