

La folie fit quelques pas dans le couloir désert, regardant les portes les unes après les autres, sans savoir que faire. Toutes allaient-elles s’ouvrir sur un monde aussi vain ? Le visage de l’amour glissa dans son esprit comme une ombre, se superposant à celui, désirable de la célébrité. La folie sentit un frisson parcourir son corps, la poussant à partir, à fuir cet endroit, à fuir la célébrité, à fuir la ville tout entière. Alors qu’elle faisait un geste pour retourner en arrière, Un regard capta le sien, la forçant à aller vers une dernière porte. Là le visage noble d’un puissant du monde réel, aux yeux taillés dans le jade, la fixant avec acuité. Elle s’approcha, hypnotisée par l’éclat vert des prunelles qui ne la quittaient pas. Arrivée devant la porte, le masque lui dit :
-« Tu erre sans ton amour, jeune folie. Entre et reste dans mon monde, ce que j’ai à offrir, tu ne le trouveras dans aucun autre ».
Ayant prononcé ces mots, il ferma ses yeux de minéral, et parut s’effacer peu à peu, s’évanouissant doucement. Un autre visage émergea lentement, des traits fins et gracieux, une physionomie douce et tendre, au regard implacable de turquoise. L’amour ! Enfin la folie l’avait retrouvée, dans ce palais vide, au fond d’une ville sans âme. Sa voix trembla :
-« Te voilà. Après toutes ces errances, je t’ai enfin rattrapée ».
Le visage resta sans expression, ni émotions, la voix, celle de l’amour retentit brièvement :
-« Si ton désir est de me reprendre, Pousse cette porte, entre et vois »
La folie ouvrit le battant à deux mains, et entra dans un royaume d’enchantement. A perte de vue, des fleurs, ruisselantes de diamant, comme les gouttes d’une ondée improbable.
La folie fit quelques pas dans le jardin minéral,
émerveillée. Aussi loin que son regard pouvait porter, les arbres croulaient de
fleurs multicolores, toutes plus belles les unes que les autres. En
s’approchant la folie vit que le diamant seul composait les pétales, les
étamines, le pistil. Des diamants de l’eau la plus pure. Elle effleura de la
main une fleur ainsi composée, d’un bleu éclatant sous le soleil,
instantanément les pétales se détachèrent de la corolle, tombant au sol, où ils
demeurèrent. Les pierres ainsi tombées, ne brillèrent plus. En un instant les
pétales se transformèrent, perdirent de leur éclat, se flétrirent et seule une
maigre forme noire témoignait de l’existence de la fleur. La folie regarda le jardin,
incertaine. Que devait-elle faire ? Les fleurs paraissaient s’animer,
prendre une existence propre, et se dresser contre l’intruse, responsable de la
mort de l’une d’entre elles.
-« Qu’as-tu fait ? » disait la clameur qui montait.
La folie se rendit compte que le silence régnait, les mots
retentissaient dans son esprit, violents et accusateurs. Elle porta la main à
son front en chancelant :
-« Je ne savais pas ! »
Les fleurs se pressaient contre elle, déchirant sa robe de leurs épines
acérées :
-« Pour expier ta faute, tu devras prendre sa place, et rester parmi
nous ».
Les épines s’enfoncèrent dans la chair tendre des jambes et quelques gouttes de
sang perlèrent, écarlates, qui coulèrent au sol formant des cristaux précieux.
Le sang de la folie donna naissance aux précieux diamants rouges, qui à leur
tour s'unirent pour former la plus resplendissante des fleurs, éclatante et
sans rivale. Voyant cela, les fleurs reculèrent, formant cercle autour de la
nouvelle venue, cessant de menacer la folie.
La clameur s’éteignit, alors que la fleur rouge éclosait.
-« Tu peux aller » dit la voix, radoucie.
La folie fit un pas, et le jardin disparut.
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