

Clair le soleil qui se levait au dessus de la plage,
Doux le ciel aux reflets de turquoise qui s’étendait sur la
mer de saphir.
Les premiers rayons vinrent caresser de leurs doigts alanguis les corps des
deux amants,
Les arrachant au sommeil de ceux qui ont désiré et aimé. Leurs regards se croisèrent, et ils éprouvèrent la faim et la soif.
Une faim terrible, celle de goûter le sel sur la peau de l’autre.
Une soif terrible, celle de se désaltérer dans le regard de l’amant ou de l’amante.
Soif et faim devaient être apaisées, et le soleil était déjà haut quand ils eurent mangé et bu.
Main dans la main, épaule contre épaule, ils marchèrent devant eux, tournant le dos à l’onde, sans voir ce qui les entourait, avides seulement d’être ensemble.
Les arbres leur faisaient un écrin d’émeraude. La lumière les nimbait d’un halo d’or pur.
Tout était silencieux et paisible.
En arrivant dans une clairière, ils virent qu’un temple se dressait là. Ses colonnades sculptées s’élançaient fièrement. Un dôme recouvert de l’argent le plus pur brillait de tous ses feux. Les fenêtres étaient faites de cristaux brillants, illuminant de leurs couleurs précieuses les feuilles des arbres qui les frôlaient.
La folie sentit que ce temple était là pour eux, qu’il leur
était destiné depuis la nuit des temps. Elle saisit la main du cavalier et
l’étreignit fortement comme ils pénétraient au cœur de ce mystère.
Il faisait une ombre douce à l’intérieur, accueillante après les ardeurs du
jour transparent. Une aérienne odeur de myrte à l’encens flottait ça et là,
descendant comme le miel dans leurs gorge. Le silence là aussi, pas une ombre
pour troubler la quiétude des lieux et la
paix ressentie dans leurs cœurs et leurs corps.
Ils se sentirent attirés vers le fond, sans comprendre pourquoi. Une pièce là, sans ouverture, éclairée uniquement de feux qui rougeoyaient dans des vasques de bronze.
Un siège à haut dossier, moucheté de taches de flammes.
Assise, terrible et belle, la sibylle les attendait
Hauteclaire

Terrible et belle, la sibylle attendait dans le fond de ce temple la venue des amants.
Son corps nu éclatait de blancheur. Sa chevelure d’ébène ruisselait sur ses épaules et ses bras. Son visage était impénétrable et froid.
La divinité était représentée par une statue du marbre le plus pur .
La folie et le cavalier s’avancèrent devant la déesse, et s’inclinèrent, leurs fronts effleurant le bout de ses pieds minces. Puis ils se redressèrent, et en silence attendirent que l’oracle veuille parler et délivrer sa parole.
Son front restait lisse, son regard fixe, les prunelles d’émeraude liquide ne trahissaient aucune vie, tournées vers l’intérieur insondable des divinations. La bouche au lèvres rouges demeurait entrouverte sans que le moindre son ne franchisse la barrière des dents brillantes.
La folie et le cavalier s’étaient agenouillés, le visage
tourné vers la représentation sculptée, attendant avec patience la venue d’un
signe. Vint un moment où ils éprouvèrent de la faiblesse devant cette
immobilité hautaine. Leurs bras s’étendirent, leurs doigts se cherchèrent,
leurs mains se joignirent et
s’étreignirent. Ainsi liés, ils regardèrent la statue immuable dans la
pénombre.
Sa chair parut s’animer, le sein se souleva lentement sous l’effet d’un souffle
imperceptible, les lèvres remuèrent. La peau se colora, oublieuse de la clarté
immatérielle de la pierre, la vie revenait, brûlante.
Le regard s’abaissa enfin vers la folie et le cavalier, transperçant les esprits. Ils ne faiblirent pas sous cette révélation de leurs âmes, tant elles étaient pures et sans calculs.
Une voix s’éleva, douce et tranchante, coupant le silence comme un rasoir au fil acéré
– La route est encore longue, que vous devrez suivre dans la quête de l’amour.
Allez, franchissez l’étendue de mer, vous trouverez un royaume à nul autre pareil.
L’amour vous y attend, prisonnière du cristal éternel.
La mémoire revint brutalement à la folie.
L’amour, son amour…
Hauteclaire
Dites-nous ce que vous pensez de MaBulle et ce que vous aimeriez y voir, notamment sur ce blog