la légende de l'amour et la folie

Chant huitième

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La folie regarda le diamant dans sa main, pétale à peine irisé d'une fleur minérale, brillant d'un éclat incomparable. Sous le regard intense, il parut s'animer et bouger, faisant miroiter ses facettes, pour glisser sur la chair douce, et se diluer, tombant au sol sans qu'elle puisse le retenir.

La terre moussue avala le liquide précieux, aucune trace n'en resta, abandonnant la folie désolée. Les larmes de désespoir perlèrent à ses yeux, entraînant un peu du turquoise des prunelles, coulant en gouttes tendres sur la végétation ainsi abreuvée de deux sucs précieux.

Aussitôt une vapeur se forma au dessus de la terre, montant en volutes compliquées et denses.

La folie recula de quelques pas, considérant la brume avec crainte et incompréhension.

Celle-ci se ramassa, formant une silhouette, un corps, des vêtements, puis se dissipa.

Devant la folie se tenait un cavalier dont le vêtement était brodé de pierres roses et bleues, et qui la fixait de ses yeux verts.

_ Je suis un des cavaliers du courage. Tes larmes et ta détermination ont permis que j'apparaisse dans ce monde, quittant celui de l'esprit et des espoirs. J'ai pris corps pour t'aider dans ta quête et te guider dans cette forêt des incertitudes. Les filles de la tentation ne sont pas loin, pour te perdre et t'égarer. Je sais où elles gardent leur prisonnière.

_ Où est l'amour ? demanda la folie, jamais je ne l'abandonnerai.

_ Elle est par delà les barrières de l'espérance, derrière ces montagnes, répondit le courage.

Longtemps tu devras chevaucher, mais je serais avec toi. Viens.

Il fit un geste, et du fourré enchevêtré sortit un cheval tout harnaché, dont les longs crins blancs étaient parsemés de poussière de diamant. Il inclina gracieusement son encolure devant le cavalier, qui lui caressa le front, avant, d'un seul élan, de se mettre en selle, tendant une main gantée à la folie, la faisant asseoir devant lui, et l'entourant de ses bras.

Il prit les rênes, formulant un ordre dans une langue étrange, et la monture s'élança, les buissons s'écartant sur leur passage.

 

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chant huitième

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Les bras du cavalier enserraient la taille de la folie, la maintenant contre sa poitrine pendant qu'il dirigeait le destrier au travers de la forêt sombre. Peu à peu, l'atmosphère changea, la lumière bleutée qui avait baigné leur avance s'estompait, remplacée par des filaments de brouillard, fins comme des écharpes de la soie la plus fine, froids comme la glace d'un matin d'hiver, ou brûlant ainsi que des flammèches échappées d'une cheminée ardente.
La monture se cabra à ce contact, redressant son encolure puissante, et secouant sa crinière immaculée, piaffant des ses sabots durs sur le sol noir.
Le cavalier le calma de la voix, l'encourageant à repartir, puis murmura à l'oreille de la folie :

_ Nous sommes dans le domaine des filles de la tentation. Quoi que tu puisses voir à présent, ne le regarde pas. Détourne les yeux, ne crois pas ce que tes sens perçoivent. Ne ferme pas les paupières, cela ne servirait à rien, elles t'assiégeraient dans l'esprit, et ne seraient que plus difficiles à vaincre. Reste forte, fais moi confiance.

Il guida le cheval au travers d'un dédale fais de ronces, ou de jardins luxuriants, où de superbes fleurs étalaient leurs couleurs et leurs parfums. La folie sentit l'envie la tenailler de se laisser glisser à terre, pour aller les respirer, et en cueillir une. Plus loin, des fruits charnus et pulpeux se présentaient sur des arbres aux feuilles vertes et brillantes. La folie sentit la faim et la soif la torturer, tendant une main vers l'un d'entre eux, geste que le cavalier arrêta, la forçant à se rasseoir contre lui.

De petits gémissements retentirent, lui faisant tourner la tête. Un couple d'amants étaient enlacé, allongé sur une couche de feuillage, leurs peaux nues brillantes de perles de sueur. L'homme lui fit signe de venir les rejoindre, et le désir monta dans son corps, impérieux, pourtant à ce moment l'image de l'amour s'interposa, et les amants s'évanouirent dans le brouillard, images fugitives et tentatrices.
Les arbres de la forêt des illusions se clairsemaient, annonçant la fin des tourments tentateurs, quant une voix douce et triste appela la folie. L'amour ! l'amour était là, enfermée dans une cage de branchages et lui tendait les bras. La folie se débattit des bras du cavalier, sautant à terre, quand elle surprit le sourire rapide et victorieux qui passa sur les lèvres de l'amour. Elle recula, remontant en selle, préférant ignorer le cri de colère poussé par la créature de la cage.
Enfin, ils sortirent de la forêt des mensonges.

 

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