Dimanche 2 Mars 2008
l'amour et la folie: chant neuvième
Par Gigi et Hauteclaire, Dimanche 2 Mars 2008 à 09:32 GMT+2 dans chant 9

La folie se tenait devant la porte, indécise, bousculée par les êtres hagards et hâves, ou magnifiques et avides qui entraient sans un regard en arrière. De lourdes effluves sourdaient de la porte, charriant avec eux des relents de parfums puissants et luxueux, mêlés de pourriture et de sang. Une voix retentit dans le dos de la folie :
- « qu'attends-tu pour entrer ? »
la faisant sursauter. Elle se retourna, et vit une femme qui la regardait avec intensité et douceur. Elle était si belle que la folie en eut le cœur brisée, contemplant le visage grave et parfait, éclairé de prunelles d'azur limpide. Son vêtement était d'une rare richesse, soie noire ornée de broderies de pierres multicolores, retombant en plis serrés jusqu'au sol.
-« Qui es-tu ? »
-« Je suis l'envie. Tout ce que je mets sous les yeux des hommes leur paraît la perfection. Ce qu'ils ne peuvent avoir, et qu'ils désirent par dessus tout. Viens avec moi, nous les perdrons plus sûrement que ne peuvent le faire tous les autres dieux ».
Elle tendit une main élégante et fine à la folie, qui, hypnotisée, la suivit dans la ville. A peine entrée elle fut assaillie par le vacarme assourdissant qui régnait alentours. Des hommes, beaucoup d'hommes se trouvaient là, se pressant près de l'entrée de l'enceinte suivante. En voyant l'envie, ils se précipitèrent pour baiser ses mains, et la supplier de les laisser entrer dans le deuxième cercle. Elle leur sourit, acceptant les hommages comme son dû, et désigna plusieurs qui se ruèrent vers la porte de métal brillant et sombre. Tous ne furent pas assez rapides, et ceux qui demeurèrent en arrière furent assaillis par la foule, chacun espérant prendre une place, sous le sourire vainqueur de l'envie.
La folie sentit une pulsion venir du plus profond de son être, et à son tour, elle parcourut la multitude, jetant la confusion dans les esprits. La vague qui souleva les âmes perdues de haine et de désirs confus, emporta les corps dans un assaut furieux qui épouvanta la folie. Elle abandonna toute emprise, et ceux qui l'instant d'avant se battaient, reprirent leur déambulation morne, à l'affût de la moindre chance d'ouverture de la porte. L'envie eut une expression déçue :
-« Tu les tenais bien ! Il fallait continuer ».
Puis la prenant par le bras, elle la poussa vers la porte de la deuxième enceinte, qui se referma lourdement derrière elles, repoussant les malheureux vers leur errance. Un seul parvint à se faufiler, se mettant à courir vers la troisième porte.
-« Regarde-les » lui disait l'envie,
-« a peine ont-ils pris ce qui les obsédait, qu'ils veulent ce qui est resté hors de portée.
La folie contempla ce nouveau territoire, où tout semblait calme et ordonné, bordé de maisons aux lignes pures. Les tours de fer se dressaient bien droites, témoins silencieux des pouvoirs de l'envie.







