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Gigi et Hauteclaire

la légende de l'amour et la folie

Nous vous invitons à une rêverie poétique, écrite à deux plumes, à la manière antique. Gigi et Hauteclaire

L'amour et la folie:chant neuvième

Samedi 29 Mars 2008, 09:20 GMT+2par Gigi et Hauteclaire

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La possession prit la folie dans ses bras avides, la serrant et l'embrassant avec ardeur, cherchant à se rendre maître de la moindre de ses pensées. La folie, incapable désormais de réfléchir, se laissait faire, son regard dérivant sur les merveilles répandues dans la chambre. Tout brillait d'un éclat suave, tentateur qui lui faisait tourner la tête. Les caresses de la possession achevèrent de faire disparaître l'amour de sa mémoire. Elle était arrivée chez elle.

Ses vêtements tombèrent au sol, tissus s'ouvrant comme des fleurs sur les fleurs tissées des tapis précieux. Son corps blanc et nu, allongé sur le brocart chatoyant, s'offrit tel un fruit rare, gorgé de liqueur enivrante que la possession but jusqu'à la dernière goutte, corps ambré arqué sur la peau d'albâtre, muscles puissants pétrissant la chair tendre, jusqu'à lui arracher de longs soupirs devenant des cris.
La folie sombra dans une inconscience tourmentée, traversée encore par les caresses brûlantes de la possession, par les mots de la promesse :
- Tu peux tout avoir ! Reste avec moi.

Son esprit dériva, lui montrant le visage tourmenté de l'amour, prisonnière derrière des barreaux semblables à des colonnes.
Elle s'éveilla en sursaut, avec le sentiment de la défaite au fond d'elle-même. En cédant au désir de possession, elle s'était éloignée de l'amour, et peut-être était-elle perdue ? La silhouette allongée près d'elle exerça un attrait violent, faisant renaître le désir  et battre son cœur plus vite. Les richesses scintillèrent exerçant leur pouvoir sur ses sens affamés. Qu'était l'amour face à la richesse et au désir de possession ?
La folie cacha son visage dans ses mains pour ne plus voir ce qui l'entourait, et faire revenir les traits de l'amour dans sa mémoire, avant qu'ils ne soient totalement perdus.
Quand elle rouvrit les yeux, elle était seule sur un lit aux draps défaits et rudes. Ses vêtements gisaient sur le plancher nu, et les murs ne portaient plus aucun tableau, aucun miroir ciselé, tristes et gris. Elle ramassa sa robe et son manteau, se rhabillant tel un automate, avant de ressortir dans le couloir vide, parcourant les pièces désertes, son pas résonnant dans les espaces désertés, lui renvoyant l'écho de son échec.
Un être maigre lui barra le chemin, Son manteau était sombre, son visage dissimulé sous le capuchon.
-«  Qui es-tu ? » demanda la folie.
-«  Je suis la pauvreté. Le château m'appartient » .

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L'amour et la folie: chant neuvième

Vendredi 4 Avril 2008, 09:13 GMT+2par Gigi et Hauteclaire

la-legende.mabulle.com/folie.jpg

 

 

La pauvreté la fixait de son regard pénétrant, lisant au fond de son âme ce qui avait été les instants précédents.

-« Tu t'es livrée tout entière à la possession. Il t'a fait croire que le château était à lui, et que tout ce qui s'y trouve pouvait t'appartenir ».

La folie, retenant des larmes de honte, baissa la tête, incapable de répondre et d'affronter le regard froid de la pauvreté.

-« Tu n'as pas su résister, il a  réveillé ton désir, tous tes désirs, et maintenant tu as perdu ce qui faisait ton âme. Pour châtiment, tu vas errer en ce lieu, éternellement s'il le faut, jusqu'à ce que tu la retrouves ».

La folie, saisie de panique, ouvrit la bouche pour se défendre, relevant les yeux vers celle qui venait de prononcer son jugement. Peine perdue, elle était seule à nouveau, à regarder les murs gris, sillonnés des traces de l'eau suintante.
Ainsi que l'avait dit la pauvreté, elle marcha sans but dans les pièces vides et froides, hantée par le souvenir des richesses qu'elle avait vues, de l'étreinte de la possession, cherchant à retrouver le visage tendre de l'amour. La nuit la surprit, alors qu'épuisée elle s'était assise dans un coin, au sol, entourant ses genoux de ses bras, incapable de pleurer ou de crier. Elle tenta de dormir, et le sommeil l'évita, la laissant seule face à elle même et à ses remords.
Finalement une lune d'argent pur se leva, frappant son front de ses rayons immaculés. La folie se sentit renaître à ce contact, lavée de ses désirs. Les larmes jaillirent de ses yeux, aussi blanches que la lumière qui inondait le coin où elle s'était assise, recroquevillée.
Elle sanglota, retrouvant dans ce chagrin le visage de l'amour, apaisée enfin, puis se leva, faisant face à l'astre avec un sourire.

Un léger bruit la fit se retourner, la pauvreté était revenue, et la fixait, impassible.

-« Je sais ce que je désire »  lui dit la folie hardiment,
-« Je veux retrouver l'amour, de toute mon âme. Le reste ne m'est rien ».

La pauvreté acquiesça :

-«  Tu peux partir. Tu as toujours pu partir. Tu étais ta propre geôlière, ton désir pour la possession seul te retenait ».

Et devant la folie, l'aspect de la pauvreté changea, pour devenir celui de la possession, beau et puissant, qui la toisait de son regard gris.

-« Qui es-tu ? » murmura t-elle, effrayée.
-« Nous sommes les deux faces d'un même être. Nous sommes si étroitement liées l'une à l'autre que nous ne pouvons plus vivre indépendamment . Ceux qui regardent une de nous au fond des yeux, voient l'autre et la destiné. Tu as pu détourner le regard, tu es libre ».

La possession s'écarta, et la folie marcha comme une automate, sans se retourner, alors qu'autour d'elle les richesses revenaient, brillantes et tentatrices.
Au dehors le jour s'était levé sur les rues vides. Elle marcha sans rien voir, l'esprit aussi désert que la ville, et se retrouva sans savoir comment devant la porte de la troisième enceinte.
L'envie l'attendait, belle et ironique devant son air défait.
La porte s'ouvrit

 

Hauteclaire

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