

La porte s'ouvrit largement, et l'homme resté devant elle, que la folie avait vu l'instant d'avant prostré, le regard vide et sans espoir, se releva d'un bond et couru vers l'intérieur de l'enceinte avec un cri bref de victoire.
L'envie lui désigna l'ouverture avec un sourire, l'invitant à entrer. La folie vit le désert de roches que lui avait décrit la possession, et sentit son cœur faiblir à cette vue. Elle se tourna vers l'envie et tenta de la supplier :
-« Je dois sortir de cette ville pour retrouver mon amour. Je t'en prie, laisse-moi achever cette route ici-même, et montre-moi comment faire pour regagner le désert qui entoure la ville ».
L'envie eut un sourire fugace et moqueur :
-« Tu devras aller jusqu'au bout, traverser les six villes qui composent la cité de fer, alors seulement, si tu as su résister, tu pourras sortir. Sache pourtant qu'à ce jour, personne n'a pu abandonner la ville ».
Elle caressa doucement la joue de la folie de ses longs doigts blancs chargés de bagues :
-« Reste, tu seras heureuse avec moi. Beaucoup l'ont été »
La folie sentit un courant passer dans la main qui lui effleurait le visage, pour la parcourir et l'atteindre au cœur, pendant qu'un éclair traversait les prunelles de l'envie. Elle réussit à faire taire ce qu'elle percevait monter au-dedans de sa nature, âpre et avide.
Le sourire de l'envie s'accentua, alors qu'elle voyait le combat qui se livrait devant elle, dans le cœur de la folie pour garder le contrôle de ses sens.
La folie se maîtrisa, et se tourna vers l'intérieur de l'enceinte, franchissant la porte d'un pas ferme.
Un bruit lourd se fit entendre, la porte s'était refermée, la laissant seule dans un désert, sans l'envie, qui était restée de l'autre côté.
Autour d'elle tout n'était que roche et terre dure, dans le ciel un soleil sans faille qui brûlait tout ce qui était sous ses rayons.
La folie marcha dans un paysage immuable, pierre après pierre, du sable. Des petits groupes croisés, qui ne firent pas attention vers elle. Ils entouraient un homme ou une femme, qui leur parlait d'un ton enflammé. Quand le discours était fini, ils repartaient à l'aventure, abandonnant l'orateur le plus souvent. Quelques uns se trouvèrent sur sa route, menés par un seul, que les autres suivaient aveuglement.
Ceux là vinrent à elle, le regard enjôleur, lui murmurant des promesses insensées et tentatrices, que la folie, torturée, repoussa, malgré l'envie éprouvée de se laisser dominer.
L'homme aperçu devant la porte, malheureux parmi les malheureux alors, parlait d'une voix de stentor pour un petit nombre. D'autres qui erraient seuls, venaient les rejoindre. La folie, croisant le regard de l'orateur, frissonna devant l'ardeur contenue dans ce simple regard.
Elle leur tourna le dos, et s'enfuit vers la quatrième porte.
Hauteclaire
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